Parfois, vous me consultez avec la ferme intention d’entamer une psychothérapie. Vous avez une idée personnelle et légitime de ce qui vous rend malheureux et vous venez me voir précisément pour « ça ». Ou alors, vous vous êtes reconnu.e dans la description de l’une ou l’autre psychopathologie et vous me demandez une confirmation. Alors, une psychologue peut-elle vous donner un diagnostic ?

Sommaire
Qu’est-ce que c’est, un diagnostic psy ?
La question du diagnostic pose en elle-même plusieurs autres questions : la définition du diagnostic, la définition des psychopathologies, l’existence d’autres types de diagnostics éventuels, l’utilité de ce fameux diagnostic, l’auto diagnostic et tutti quanti.
Bien souvent, quand on parle de diagnostic en santé mentale, on se réfère à l’idée qu’il peut exister chez une personne en souffrance psychique, un ou plusieurs troubles ou maladies qui affectent son fonctionnement quotidien de façon plus ou moins sévère. Trouble qu’il faut identifier pour pouvoir le guérir ou en diminuer l’impact négatif.
L’indispensable check-up somatique
Avant de nous enfoncer plus avant dans le marécage des « troubles psy », rappelons que bon nombre de troubles et maladies somatiques ont une ou plusieurs expressions d’allure psychique c’est-à-dire qu’elles peuvent provoquer des symptômes ressemblant à s’y méprendre à un trouble du comportement alimentaire, à de la dépression sévère ou même à des troubles psychotiques.
C’est le cas, par exemple, de certaines affections thyroïdiennes, de certaines tumeurs cérébrales et autres troubles neurologiques. Dans ces cas, votre équipe médicale est votre meilleure alliée en première intention. Votre médecin traitant peut être un allié de choix avant de chercher « le bon psy ».
Par ailleurs, si vos symptômes vous amènent à consulter un psychiatre, celui-ci se fera un devoir de vérifier avec vous ce type de possibilité. Il ne sert à rien de vouloir soigner par la parole et l’esprit des troubles somatiques. L’effet de ce type d’approche va de « nul » à « mortel ». L’esprit n’agit pas sur la matière. Décevant, je l’admets. Vous le rappeler vous sauvera peut-être la vie alors je l’assume.
Le DSM-V et le diagnostic psychopathologique
Bon, parce qu’il fallait y venir, parlons-en. Le DSM-V ou Diagnostic and Statistical Manuel – V (aka manuel diagnostique et statistique-V) regroupe un ensemble de psychopathologies que l’on peut rencontrer dans toute population. Autant dire qu’il est parfaitement imparfait. On y trouve les troubles de personnalité, les troubles neurologiques, les troubles neuro-développementaux, les troubles de l’humeur et du comportement, chez l’adulte, l’enfant et la personne âgée. Un vrai fourre-tout vous dis-je. On peut même cocher la case « trouble non spécifié du/de » … comme ça toutes les possibilités sont ouvertes. Sourire narquois.
MAIS… un fourre-tout bien pratique quand il s’agit de communiquer entre professionnels ou d’effectuer des recherches scientifiques.
Par contre, pour effectuer un « diagnostic psychopathologique », il ne suffit pas du tout. Hé non… Cocher les cases ne suffit pas. Il faut remplir un ensemble de conditions et ne pas en remplir d’autres. Et ce, quasiment pour chaque pathologie reprise dans le manuel. Par ailleurs, bon nombre des signes cliniques évoqués dans le DSM-V sont à vérifier par un oeil extérieur et à inscrire dans le contexte d’une histoire de vie singulière (merci Docteur Lagache). Par ailleurs, la frontière entre « le normal et le pathologique » (Canguilhem) est à évaluer finement. Et oui, même les professionnels de santé mentale consultent des collègues.
Qui peut poser un diagnostic psychopathologique ?
Un diagnostic psychopathologique peut impacter toute votre prise en charge médicale et psychologique. S’il est incorrect, vous pouvez en souffrir plusieurs décennies durant avant qu’un professionnel qui a bu un peu plus de café que les autres réalise qu’il y a eu erreur sur le coupable. Décennies perdues en efforts, rechutes, pertes multiples (financières, sociales, amoureuses, familiales, temporelles). Le diagnostic est donc une étape cruciale vers votre mieux-être. Mieux vaut donc le chouchouter. Vous ne croyez pas ?
Premier point important : poser un diagnostic se fait en plusieurs rendez-vous … chez un psychiatre ! Le psychiatre, médecin de son état, est le seul professionnel au pays de France habilité à poser un diagnostic psychopathologique.
Deuxième point important : votre psychologue peut poser une ou plusieurs hypothèses diagnostiques. Sa formation l’a généralement surentraîné.e à cet exercice. Toutefois, il ou elle vous partagera son hypothèse pour ce qu’elle est : une hypothèse, qui lui sert à guider votre travail commun. Si cela lui parait pertinent, ce professionnel vous orientera vers un.e psychiatre afin d’en avoir le coeur net et de mettre en place un traitement de support médicamenteux si besoin. Enfin, c’est ce qu’il se passe pour les patients de mon cabinet.
Faut-il systématiquement poser un diagnostic psy ?
Fut un temps où « poser une étiquette » était mal vu. A présent, la tendance est peut-être inversée. Pour savoir si poser une étiquette parfois à lourde résonnance (une dépression ou un trouble de la personnalité antisociale n’ont pas les mêmes implications) est utile, on peut se poser la question du bénéfice pour le ou la patiente. Diagnostiquer un trouble qui n’a ni prise en charge médicamenteuse efficace, ni reconnaissance large, ni ne permet de mieux comprendre ou traiter sa souffrance…n’a aucun intérêt. Qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte, le réflexe est identique : où est l’intérêt de la personne que nous rencontrons ?
Par ailleurs, au-delà de l’approche psychopathologique pure et dure, il existe différentes approches psychologiques qui tiennent compte de la multiplicité des facteurs impliqués dans une souffrance psychique. Je pense ici particulièrement aux approches humaniste qui s’appliquent à faire l’inventaire des forces de l’individu plutôt qu’à en caractériser les faiblesses. Cette approche peut convenir à bon nombre de problématiques tant qu’une médication n’est pas nécessaire. Tout comme l’approche systémique, qui pense l’individu comme faisant partie d’un « système » (le plus souvent, familial) et cherche à définir où et comment ce système a été déséquilibré.

Répondre à Borderline ? – Isabelle Bertozzi Annuler la réponse.