Mon psy voit un psy ?

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Le psychothérapeute se doit d'aller en supervision avec un pair plus expérimenté

Cette question figure en haut des recherches Google autour du travail des psychologues et psychothérapeutes. Une question légitime. Voyons ce qu’il en est.

La supervision des psychothérapeutes : un essentiel du soin de santé mentale

Sommaire

Les responsabilités du psychothérapeute

Pour commencer, rappelons quelques fondamentaux du métier de psychothérapeute. Il y a bien d’autres points à prendre en compte, je reprends ici les principaux, à mes yeux, et que je vois quotidiennement dans ma pratique.

Premièrement, nous accompagnons des personnes en souffrance. Des personnes réelles, qui traversent des évènements difficiles, se relèvent parfois de longs parcours difficilement concevables. Des humains qui espèrent parfois beaucoup de notre accompagnement. [En tous cas dans le cadre d’une pratique libérale. Nous accompagnons aussi des personnes en obligation de soin, ou au hasard des hospitalisations, etc..] Notre premier devoir est de ne pas nuire.

Deuxièmement, nous exerçons un métier à risque d’emprise sur autrui. Oui, oui. Et ça, nous devons en rester bien conscients. On peut exercer une emprise sur une autre personne sans avoir la volonté, sans volonté de nuire et faire du mal au final. Tout psychologue qu’on soit. Quelle que soit notre formation de base et nos formations suivantes. Quel que soit notre niveau de pratique ou le nombre d’années d’expérience au compteur. Quel que soit notre lieu d’exercice. Oui, en institution, avec quinze collègues autour, on peut « faire de la m*** » pour le dire vulgairement. Et par ailleurs, nous exerçons aussi un métier à risque d’emprise sur nous-mêmes. En libéral ou en institution, nous pouvons rencontrer des personnalités spécifiques qui demandent une expertise particulière pour que la relation avec elles reste saine et soit profitable pour elles.

Troisièmement, nous exerçons un métier qui évolue continuellement. En effet, sur le plan technique, il existe environ 400 formes de psychothérapie. Impossible de les maîtriser toutes, de les connaître toutes, et même au sein d’une technique particulière, il y a beaucoup d’ajustements possibles. Evaluer si on a bien choisi le type de technique à utiliser, si on l’utilise correctement, si l’effet est bien là et autres questions existentielles du psychothérapeute, nécessite d’être encadré.

Accompagner les souffrances humaines

Premier point qui saute aux yeux : le métier de psychothérapeute expose, au quotidien, plusieurs heures par jour, à toute la diversité des souffrances humaines. Ce que vous, lecteur, n’avez peut-être qu’entrevu au hasard d’une soirée arrosée ou d’un roman un peu intense, les psychothérapeutes y font face chaque jour. Chaque jour tout au long de leur carrière. [Comme de nombreux métiers du soin et de la justice par ailleurs.]

Oui, le psychothérapeute a consciemment choisi son métier. Il s’y est formé, s’y forme encore, a beaucoup étudié, beaucoup pratiqué sous supervision étroite, puis « seul ». Spoiler alert : cela ne nous vaccine pas contre les effets des récits difficiles répétés. Nous sommes humains et nous avons nos propres failles, nos propres « mécanismes de défense ». Et là se trouve le premier écueil. Comment rester disponible, le plus stablement possible, pour chaque séance ?

Nous sommes notre propre outil avant tout et du point de vue émotionnel ce n’est pas qu’un avantage. C’est donc la raison première pour qu’un psychologue-psychothérapeute aille voir un psy, lui aussi. Parce que un psychothérapeute complètement détaché ou au contraire complètement noyé dans son empathie n’a plus rien de thérapeutique.

Une position à risque d’emprise

Hé oui. On ne l’entend peut-être pas souvent mais la position de psychothérapeute – celui qui soigne le psychisme – est une position qui peut mener à des prises de pouvoir sur la personne qui consulte. Et ce, sans aucune volonté d’emprise consciente. Et là se trouve le deuxième écueil.

Le psychothérapeute a appris durant sa formation à accompagner ses patients sur leur propre chemin. Cependant, encore une fois, il reste humain. Il a son propre parcours de vie qui l’amène à penser d’une certaine manière, à ressentir d’une certaine manière, à s’exprimer d’une autre manière… et parfois, tout ce bagage humain mène à prendre les mauvaises décisions face à tel ou tel patient ou telle ou telle problématique.

Décisions qui soit mèneront à l’abandon de la thérapie par le patient, soit à la dégradation pernicieuse de la relation, soit à un échec de la thérapie soit, dans les cas les plus sévères, à la mise en danger du patient ou du thérapeute.

Aller voir un superviseur est donc un moyen de border sa pratique encore une fois, et de détecter rapidement les risques de dérapages. Même en dehors d’une pratique psychanalytique cela me semble essentiel.

Un métier technique

Oui, je l’ai déjà écrit partout ici, le psychologue psychothérapeute est d’abord un professionnel de la relation. Il travaille principalement avec qui il est. Toutefois, la psychothérapie est aussi affaire de technique. Il existe environ 400 formes de psychothérapies. Impossible donc de les maîtriser toutes. Le professionnel s’inscrit dans un courant en particulier puis vient intégrer certains outils. Même comme cela, il existe de nombreuses erreurs techniques. Erreurs que l’on réalise parfois immédiatement grâce à nos patients eux-mêmes. Et parfois pas… et là, il s’agit d’élaborer la meilleure manière de réagir ou ne pas réagir. Difficile à faire seul sous son petit coin de ciel, n’est-ce pas ? Parce que décidément, non, un psychologue ça ne fait pas qu’écouter !

Le psy en supervision

Nous y voilà. Les trois axes cités plus haut m’ont particulièrement incitée à « prendre une supervision ». Parfois, on entend le terme de « contrôleur ». Alors, qu’est-ce que la supervision finalement ?

La supervision, c’est d’abord un espace pour « penser sa pratique ». Un espace où votre psychologue/psychothérapeute pourra réfléchir, élaborer, penser, critiquer, son propre travail et sa propre attitude vis-à-vis de ses patient.e.s. Ce qui évite l’effet « roue libre » et « intuition power » qui arrivent vite dans ce métier. Plus encore en libéral, seul dans la jungle. Alors même que nous nous engageons à fonder notre pratique sur l’actualité scientifique, à respecter fondamentalement les droits de nos patients et autres voeux pieux.

Cet espace et le regard du superviseur vont permettre d’assurer le psychothérapeute dans sa pratique. De poser des jalons sécuritaire. D’ajuster ses attitudes. De digérer les échecs et de savourer les victoires. Oui, notre métier nous expose aussi aux échecs. Et ça, à la longue, ça peut user. Il est alors très important de pouvoir les intégrer et d’en tirer des leçons utiles. Histoire de ne pas trébucher deux fois sur la même pierre.

Le psy en thérapie

Oui, alors, ça aussi ça existe. Votre psychologue / psychothérapeute est peut-être engagé dans une psychothérapie lui – aussi. Il n’a pas à vous le dévoiler, ni à vous en dévoiler les raisons. Cela lui appartient. Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que le psychothérapeute est humain. Il est donc possible que tout comme vous, il traverse des périodes complexes, qu’il doive surmonter certaines difficultés, qu’il ait besoin de soutien lui aussi. Pourquoi s’en priverait – il ? Cela évite notamment que les espaces soient confondus et que votre propre soin finisse phagocyté par les problématiques de votre thérapeute.

Il y a donc de grandes chances pour que votre psy ait déjà suivi ou suive une psychothérapie. Activité à bien différencier de la supervision. La première consistant à se soigner, la seconde à soigner sa pratique. Les deux contribuant à un exercice sain du métier et à une plus grande efficacité avec nos patients.

Psychologue clinicienne et psychothérapeute, je vous accompagne à Sées (Orne, 61) et en ligne.

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2 réponses à « Mon psy voit un psy ? »

  1. Avatar de Mon psy peut-il me donner un diagnostic ? – Isabelle Bertozzi

    […] Par contre, pour effectuer un « diagnostic psychopathologique », il ne suffit pas du tout. Hé non… Cocher les cases ne suffit pas. Il faut remplir un ensemble de conditions et ne pas en remplir d’autres. Et ce, quasiment pour chaque pathologie reprise dans le manuel. Par ailleurs, bon nombre des signes cliniques évoqués dans le DSM-V sont à vérifier par un oeil extérieur et à inscrire dans le contexte d’une histoire de vie singulière (merci Docteur Lagache). Par ailleurs, la frontière entre « le normal et le pathologique » (Canguilhem) est à évaluer finement. Et oui, même les professionnels de santé mentale consultent des collègues. […]

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  2. Avatar de Mon Psy gratuit ? – Isabelle Bertozzi

    […] oui, on sait. Pour ceux qui l’ont manqué, voici ma réponse à la question « mon psy voit un psy ? ». Pour les pressés, les accros du scroll et les anxieux, voici quelques explications […]

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