« Psychologue gratuit », « monsoutienpsygratuit », « psychologue en ligne gratuit », ou « psychologue en ligne gratuit h24 » sont quelques-unes des recherches les plus fréquentes dans mon secteur d’après l’ami Google. Mieux, en ce joli début d’année, j’ai été contactée à plusieurs reprises par des personnes, orientées par leurs médecins traitants, qui étaient persuadées de pouvoir disposer de mes compétences gratuitement. Bien sûr, quand vint le temps de leur annoncer mes honoraires… elles prirent la tangente. Pas folles, les guêpes.
Or, si je comprends que l’on recherche des soins à coût réduit quand on fait face à certaines difficultés, je comprends beaucoup moins que l’on imagine être reçu gratuitement par un professionnel de santé mentale en libéral. Pour cela, il y a les CMP ! Et les collègues qui y font un travail admirable au regard des ressources dont ils disposent.
Il ne viendrait à l’idée de personne de chercher (et imaginer trouver ) une plombière gratuite, une comptable gratuite ou une infirmière gratuite. Mais un psy? Pardon, UNE psy ? Alors, là, on dit oui.

C’est vrai que LA psy, elle est gentille. Elle est au service des autres. Mieux! Elle espère vous soigner. Voire, pour certaines, vous sauver. Et vous sauver, c’est une belle récompense, non ? Suffisante en tous cas, pour travailler gratuitement.
Sommaire
- Psychologue est un métier comme les autres
- Psychologue, est un métier différent des autres
- Un cabinet libéral est une entreprise
- Un psychologue a un temps d’attention limité
- Les psychothérapies évoluent, votre psy doit se tenir à jour
- Thérapie personnelle et supervision sont indispensables…et coûteuses
- Les formations professionnelles sérieuses coûtent cher et demandent du temps
- Enfin, exiger une contribution pécuniaire sécurise la relation thérapeutique
- Les séances gratuites, non merci
Psychologue est un métier comme les autres
Cela en surprendra peut-être certain.e.s mais la psychologue (ou la psychothérapeute) est une professionnelle de santé mentale comme les autres : si elle vous demande de la payer, c’est parce que cette activité de soin, d’évaluation, d’orientation, est bien un métier. C’est-à-dire : un moyen pour elle de gagner sa vie, en mettant sa personne et ses compétences à disposition d’autrui, dans un cadre déterminé. Or, on ne gagne pas sa vie à coup de séances gratuites ou à demi-tarif. Ni en acceptant les lapins, les reports intempestifs et autres incivilités.
Bon, pour les plus pressés d’entre-vous, le principal est dit, vous pouvez cesser la lecture ici. Ceux qui ont le temps, ou l’envie, je vous emmène un peu plus loin.
Psychologue, est un métier différent des autres
Oui, c’est vrai, j’ai menti. Ce métier de psychologue (et/ou psychothérapeute) est très différent des autres, en réalité. Et même, des autres professions en libéral. Et voici quelques pistes de réflexion, pour les plus aventureux.
Un cabinet libéral est une entreprise
Hé oui. Entre le CA (chiffre d’affaires) et le salaire net d’impôts … il y a un gouffre. Pour la faire courte : frais d’installation, frais de fonctionnement, cotisations sociales, impôts divers.. Nous gagnons souvent la moitié de ce que vous sortez de votre poche. A condition bien sûr, que notre activité fonctionne un minimum. Sinon… c’est pâtes et pain de mie pour finir le mois.
Un psychologue a un temps d’attention limité
Celle-là, vous y pensez rarement. Quand vous prenez rendez-vous avec votre psychologue, vous vous attendez à ce que son niveau d’attention, son implication, son énergie, sa bienveillance… soient bien présentes pour vous, quelle que soit l’heure ou le nombre de patient.e.s qui vous ont précédé.e.
Cette attente, tout à fait légitime, a cependant une implication majeure : comme l’attention baisse à mesure que la fatigue augmente… nous ne pouvons décemment recevoir qu’un nombre limité de patient.e.s par jour. Essayez d’écouter 3 de vos proches durant une heure. Sur trois heures qui s’enchaînent… histoire de vous faire une idée.
Les psychothérapies évoluent, votre psy doit se tenir à jour
Hé oui. Toutes approches confondues, les découvertes, confirmations et debunks scientifiques, nous obligent à nous maintenir à jour. Pour cela, nous pouvons utiliser différentes sources : l’accès aux papiers des chercheurs, assister à des conférences, des débats, des « collèges » autour de thèmes précis, entamer des formations spécifiques à notre patientèle, …
Tout cela, bien que passionnant et motivant, exige, encore, de l’attention, du temps (où l’on ne peut pas vous recevoir et donc, où l’on ne gagne pas d’argent), et..de l’argent.
Un psy qui vous reçoit gratuitement ou « au chapeau », aura le plus grand mal à s’abonner aux revues spécialisées, s’inscrire à une formation sérieuse et la suivre, ou encore renouveler son matériel si nécessaire. Et cela se fera à votre détriment finalement puisque vous ne bénéficierez pas de soins actualisés.
Thérapie personnelle et supervision sont indispensables…et coûteuses
Oui, oui, on sait. Pour ceux qui l’ont manqué, voici ma réponse à la question « mon psy voit un psy ? ». Pour les pressés, les accros du scroll et les anxieux, voici quelques explications rapides.
La supervision : le rétroviseur de votre thérapeute
Mener des accompagnements psychologiques et de psychothérapies exige beaucoup de cohérence, de choix techniques, et de conscience des mécanismes relationnels en cours entre nous et les personnes que nous accueillons.
Parfois, nous avons des « zones aveugles ». Vous savez ? Des angles morts en quelque sorte. Notre supervision, va, en partie, soutenir notre travail. Elle va nous permettre – et nous obliger – à réfléchir à ce que nous faisons avec vous. Elle va nous permettre de mieux comprendre certains mouvements à l’oeuvre dans nos thérapies, de mieux appréhender certains problèmes qui ne manquent pas de se poser en cours de travail psychothérapeutique.
La thérapie personnelle : la soupape de sécurité de votre psychologue
Ici, on touche à une question toujours délicate de l’avis de nombreux collègues. Suivre une thérapie personnelle serait « obligatoire » selon certains. Pour d’autres, ce serait un signe que nous ne sommes pas en état d’assurer nos fonctions. Enfin – et je suis de ceux-là – certains pensent qu’il s’agit avant tout de moment, de choix et de besoins.
Parfois, comme tout être humain, nous pouvons traverser des difficultés personnelles qui mettent en difficulté notre travail. Parfois, nous souffrons « simplement » par l’intensité émotionnelle de notre métier. Imaginez : 13 heures, lundi. L’heure de votre patient qui teste vos limites. 14 heures lundi. L’heure de votre patiente qui a besoin de parler, parler, parler et pleurer pleurer pleurer. 15 h, lundi toujours. L’heure de votre patient mutique. Et après une petite pause, un café, et l’appel à votre lapin du lundi 11 heures, voici l’heure de votre patiente très angoissée. Et il y en aura d’autres durant la semaine.
Je sais pas pour vous, mais moi, j’ai besoin d’être, au minimum, « bien dans ma tête » pour faire face à ce type d’enchaînement. Pour assurer des soins dignes de mes titres et ce, à chaque consultation. Et pour éviter aussi les interventions qui seraient plus guidées par ma fatigue ou mon état émotionnel personnel que par la technique.
Les formations professionnelles sérieuses coûtent cher et demandent du temps
Et seuls les psychiatres ont des avantages tarifaires sur des formations complètes et scientifiquement bien assises (comme les TCC, mais pas que!). Et quand je parle d’argent, on parle de milliers d’euros. Quand je parle de temps : on va de quelques mois à plusieurs années de cours, de mémoires à rendre, de séances à filmer pour « passer sa certif’ », etc…
Enfin, exiger une contribution pécuniaire sécurise la relation thérapeutique
Par ce que, hors institution ou CMP, vous demander contribution c’est inscrire la relation dans un cadre défini, avec ses règles précises. C’est aussi s’assurer que l’on se dirige (au moins un peu) vers un travail psychique. (Ce que font en fait, les contrats thérapeutiques typographiés et autres R.O.I des institutions de soins psychiques).
Côté patient.e, s’est s’assurer que la professionnelle traitera vos réactions, vos émotions, vos tentatives de transgression des limites, votre histoire traumatique ou non, comme pour n’importe quel.le autre patient.e. Et pas comme pour ses amis, sa famille ou ses collègues.
Les séances gratuites, non merci
Parce qu’on est pas des « poubelles émotionnelles », des « punching ball », ou des kleenex. Vous payez pour nos compétences, pas pour louer notre temps en mode freestyle. Et pour que ça fonctionne, des bases saines et clairement énoncées sont indispensables. Pour vous, comme pour nous.
Par ailleurs, si de réelles difficultés financières sont votre quotidien et que le CMP de votre secteur fait salle comble pour six mois, il est d’usage pour de nombreux psychologues d’adapter un temps soit peu les prises en charge. N’oubliez pas de choisir une mutuelle éthique, qui intervient sur un certain nombre de séances.

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