Le trouble de la personnalité limite ou « BPD- borderline personnality disorder » fait partie des problématiques de santé mentale lourdes. Il est par ailleurs, assez mal limité, goûtez l’ironie. Petit tour d’horizon du concept de « borderline » et des espoirs de rétablissement.

Sommaire
- Un diagnostic professionnel indispensable
- Le trouble de la personnalité borderline en clair
- Pourquoi devient-on borderline ?
- Pourquoi ça continue ?
- Quoi faire ?
Un diagnostic professionnel indispensable
Avant de vous auto-diagnostiquer en lisant ce petit article, rappelez-vous que le diagnostic d’une psychopathologie comprend à la fois la correspondance à un trouble déterminé et à la fois le fameux diagnostic différentiel c’est-à-dire la non-correspondance à d’autres troubles déterminés. Ceci ajouté à la mise en perspective d’une trajectoire de vie singulière et d’une évaluation du caractère normal ou pathologique des symptômes évoqués par la personne qui consulte.
Le trouble de la personnalité borderline a un tel impact sur la vie des personnes qui en sont atteintes qu’il est primordial qu’elles obtiennent un diagnostic le plus solide possible afin de pouvoir ensuite trouver un accompagnement psychothérapeutique adapté. Ce diagnostic doit être posé par un psychiatre !
Le trouble de la personnalité borderline selon le DSM-V
Dans l’expression « trouble de la personnalité borderline » il y a « trouble de la personnalité » ET « borderline ». Evident ? Pas tant que ça.
Trouble de la personnalité
Toujours selon le DSM-V (p.283, DSM-V mini, 2015), un trouble de la personnalité est d’abord un mode durable de l’expérience vécue et des conduites qui s’écarte significativement de la norme culturellement attendue chez un individu donné.
Cet écart doit s’observer clairement dans au moins deux des domaines suivants :
- la perception et la vision de soi-même, d’autrui et des évènements (= la cognition)
- la diversité, l’intensité, la labilité et l’adéquation de la réponse émotionnelle (= l’affectivité)
- le fonctionnement interpersonnel (=les liens aux autres)
- le contrôle des impulsions
Ces modalités durables sont RIGIDES et envahissent des situations interpersonnelles et sociales très variées.
La souffrance induite par ces modalités est cliniquement significative (évaluation professionnelle) et/ou ce mode durable de fonctionnement entraîne une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
Ce mode est stable et prolongé et ses premières manifestations sont décelables au plus tard à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
Cet ensemble n’est pas mieux expliqué par les manifestations ou les conséquences d’un autre trouble mental ! Et ce mode durable n’est pas imputable aux effets physiologiques d’une substance (drogues ou médicaments) ou d’une autre affection médicale (trauma crânien)
Ceci étant posé, voyons à quoi correspondrait un « trouble de la personnalité borderline ». Sans oublier que ce trouble co-existe bien souvent avec d’autres troubles psychiques dont je ne pourrai pas faire la liste ici.
Borderline / BPD
Doivent être présentes, en plus des observations relatives à la présence d’un trouble de la personnalité, cinq des manifestations suivantes (pp. 286-287, DSM-V mini, 2015) :
- Efforts effrénés pour éviter des abandons réels ou imaginaires
- Un mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisé par l’alternance entre des positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation
- Une perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi
- Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour l’individu concerné (ex: dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite dangereuse, crises de boulimie,..)
- Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d’automutilations [critère à ne pas inclure dans les autres points]
- Instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur
- Sentiments chroniques de vide
- Colères intenses et inappropriées ou difficultés à contrôler sa colère
- Survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères
Le trouble de la personnalité borderline en clair
Une peur de l’abandon permanente
Une caractéristique fondamentale des personnes atteintes par ce trouble de la personnalité, est qu’elle craignent les abandons à tel point qu’elles font tout pour les éviter. Quand on dit « tout » c’est « tout » : tout est bon du moment que cela évite le départ de l’être aimé (partenaire amoureux/se, ami.e, parent.e). Et quand on parle de crainte de l’abandon , on parle de la peur d’abandons réels ou imaginaires. Elles craignent donc autant l’abandon qu’elles imaginent que celui dont une personne leur aurait franchement parlé. Cette peur extrême de l’abandon et de la solitude, pousse les personnes qui en souffrent dans des états négatifs extrêmes (colère intense, tristesse intense, crises d’angoisse avec ou sans recours à l’auto-mutilation, et dans le pire des cas, à la tentative de suicide).
Une instabilité marquée
Autre caractéristique marquante de ces personnes est leur instabilité dans la vie. Sur le plan de l’humeur : elles passent de la joie à la colère puis à l’extase puis retour à l’angoisse la plus profonde et ce sur quelques heures à peine. Sur le plan relationnel : ces patient.e.s ont tendance à idéaliser (et à dévaloriser) à l’extrême les personnes qu’ iels fréquentent et cela, ajouté à leurs fréquents changements d’humeurs difficilement compréhensibles par leur entourage, leur rend difficile le maintien de liens à long terme avec les autres. Paradoxalement (cf. la peur de l’abandon). Sur le plan du mode de vie également, l’instabilité est visible. Ils et elles changent rapidement de valeurs, d’objectifs, d’intérêts, et donc de profession, de lieu de vie, etc.
Comment devient-on borderline ?
Un enfant, pour se développer, a besoin à la fois d’une « base sécuritaire » et « d’explorer son environnement » (selon les théories constructivistes). La base sécuritaire est en fait une fonction des parents ou premières figures d’attachement. Pour qu’un enfant puisse mener ses activités de découverte du monde, son cerveau vérifie constamment la disponibilité de sa base d’exploration.
Si cette base n’est pas fiable, l’enfant peut développer différentes problématiques d’attachement. L’une de ces problématiques est l’attachement dit « ambivalent ». Dans ce cas, l’enfant agit comme s’il hésitait constamment entre rejeter sa base sécuritaire et s’y accrocher.
La plupart du temps, l’enfant avec un attachement ambivalent développera une personnalité borderline parce qu’il ne peut jamais être sûr de la présence de sa base de sécurité. Souvent on observe dans l’histoire de vie de ces personnes des parents absents ou changeants, des abondons mais aussi de la maltraitance, du trauma, de la négligence soit autant d’expériences à fort impact émotionnel et/ou physique qu’un enfant ne peut pas intégrer et soigner seul.
Pourquoi ça continue ?
Les relations interpersonnelles des personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline sont profondément bouleversées par la nature même des manifestations de leur trouble. Les interprétations erronées des mots et des actes des autres, ce qu’on nomme couramment l’hypersensibilité, la sensibilité exacerbée à l’abandon, le tout associé à un fonctionnement perturbé de la partie régulatrice du cerveau et à une forte croyance en ces interprétations erronées donne : des émotions vécues plus intensément que la moyenne et des crises. Crise qui, après un certain temps, peuvent lasser l’entourage et conduire à l’arrêt de certaines relations, ce qui sera vécu comme un abandon et donc confirmera à la personne « borderline » qu’elle est bel et bien « seule et abandonnée ». La boucle est bouclée.
Quoi faire ?
Consulter un psychiatre, un psychologue psychothérapeute, peut être un bon début. Dans le prochain article, nous verrons « ce qui marche » pour soigner ce trouble extrêmement douloureux à vivre.

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