Une séance, deux séances, trois séances…ou quinze ! Le temps passe, l’argent file, et de votre point de vue c’est clair : le travail n’avance pas. Au point que vous vous apprêtez à annuler votre prochaine séance.
Il s’agit d’un sentiment légitime et il vaut la peine que l’on s’y attarde un peu. Poser de bonnes questions, ça fait partie du job de psychothérapeute.

Sommaire
- Une psychothérapie au point mort ?
- Comment réagir quand la thérapie patine ?
Une psychothérapie au point mort ?
Le sentiment que le travail avec votre psychothérapeute ne mène nulle part est légitime et largement partagé par des patients à différents moments de leur parcours « psy ». Commençons par interroger quelques problèmes courants.
Vous ne vous sentez pas compris
Voilà quelques séances qui vous laissent un goût amer d’incompréhension. Pourquoi ce psychologue, censé vous accompagner dans la résolution de votre souffrance, ne comprend-t-il pas ce que vous, vous savez depuis longtemps ? Pourquoi n’aborde-t-il pas LE sujet ultime ?
De deux choses l’une : soit votre psychologue n’a effectivement pas compris ce qui vous amène et dans ce cas, il devrait vous en parler. Soit vous espérez une chose impossible : qu’il ou elle devine ce qui vous amène réellement chez lui ou elle. Qu’il trouve – par magie – les mots utiles, l’outil magique, la méthode qui convient… sans votre aide. N’est-ce pas son boulot, de comprendre et reprendre ?
Hé bien, je vais vous décevoir. Comme psychologue et psychothérapeute, je dois travailler avec ce que mes patients amènent au cabinet. Cela veut dire que jamais je ne vous suggérerai un motif de souffrance sorti de mon chapeau. Et que jamais je ne pourrai « trouver » ce qui vous est douloureux sans votre participation. Parfois, selon l’intensité de votre souffrance et ce qui vous fait peur dans votre histoire, cela peut prendre un certain temps de parvenir à me parler. Et cela constitue déjà un énorme pas vers un mieux-être psychique.
Le professionnel n’est pas à la hauteur de votre problème
Oui, un titre volontairement provocateur. Certains patients peuvent penser que le psy – ou les psys – qu’ils ont consultés n’étaient pas à la hauteur de leur souffrance. C’est peut-être le cas et dans ce cas, le ou la suivante devrait mieux convenir. Nous avons en effet tous et toutes des facilités pour accompagner certains types de problématiques et des limites. Par contre, si les psychologues se suivent et se ressemblent, alors, peut-être le problème est-il ailleurs ? Mais où ?
Le changement est trop lent
Vous imaginez une thérapie brève et un changement visible dans votre vie en moins de dix séances. Pour cela, la loterie est votre amie. Hum. Sérieusement, à moins de 15 séances, pour des souffrances modérées, les résultats sont peu visibles. Même en TCC – E, oui, oui.
Vous voulez un type précis de thérapie …
Sans en connaître les implications. Vous voulez à tout prix un type précis de thérapie parce que votre médecin traitant ou votre meilleur.e ami.e ne vous en a dit « que du bien« . Et quand votre psychologue vous explique ce en quoi cela consiste, vous tombez des nues et prenez la tangente.
Votre lien à l’autre est complexe
Vous voulez tellement la suivre, cette psychothérapie! Parce que vous êtes malheureux. Vous lui avez dit, à ce psy. Et en même temps… il y a tellement de raisons pour que ce professionnel ne convienne pas, ou qu’il convienne « trop bien », ou qu’il voit à quel point vous êtes un « affreux personnage »… ou qu’il vous laisse tomber parce que vous avez bien senti que vous l’intimidiez, ce petit pantouflard de province.
Votre psy n’est pas expert de votre pathologie
A moins de consulter dans un « Centre expert » de votre pathologie, si elle a été dûment identifiée et confirmée par un psychiatre, vous rencontrerez rarement des psychologues « experts en arrachage d’ongles intempestifs ». Et que signifie « expert » d’ailleurs ? En première séance, le ou la psy, pourra vous dire s’il peut ou non accompagner votre problématique. Et si c’est « non », ne le prenez pas mal. Votre souffrance est sérieuse et quand nous sentons que nous ne pourrons pas vous accompagner au mieux, avec les risques que cela comporte, il est préférable pour nous de vous réorienter vers des consœurs et confrères plus adaptés.
Le cadre de la thérapie ne vous convient pas voire il ne vous convient jamais
En première séance, vous vous êtes senti en confiance. Sécurisé. Il ou elle a rebondi de façon appropriée, il ou elle vous a parlé de quelques axes thérapeutiques qui vous parlent voire vous plaisent. Le cadre a été posé : fréquence des séances, tarif, type de travail, …
Toutefois, vous déplacer au cabinet chaque semaine, ça va pas le faire et les rendez-vous en visio très peu pour vous. Ou bien, nerf de la guerre, le prix de la séance fait souffrir votre budget. Ou bien, la couleur du papier peint vous déplaît. Ou bien, ou bien…
Certaines de ces « bonnes raisons de ne pas revenir » ou « d’espacer les séances » (parfois au-delà du raisonnable si l’on veut un peu d’efficacité), sont un signe manifeste que ce n’est peut-être pas le bon moment pour vous de commencer un travail de psychothérapie sérieux. Et c’est ok!
Le budget « psychothérapie » est trop lourd pour vos finances
J’attire votre attention sur ce point qui se trouve parmi l’un des plus souvent cités pour annuler, espacer, abandonner, éviter de consulter un psychothérapeute.
Il y a la réalité : vos revenus et vos charges. Contre cela, pas de bouclier.
Par contre, il y a aussi des solutions : les structures publiques (associations, CMP, HP, et tous acronymes utiles). Et si les délais sont trop longs pour vous ou que vous pouvez tout de même dégager un peu de budget : choisissez un psychologue qui pratique des tarifs qui vous conviennent (la plupart consultent pour 55 à 80 euros pour de l’individuel selon la région, hors outils « à la mode »). Et si cela reste trop élevé, parlez-lui de vos difficultés d’entrée de jeu. Il ou elle pourra ainsi vous réorienter vers un.e collègue plus accessible, un dispositif plus adapté, espacer vos séances ou adapter ses propres tarifs. Ce dernier point n’est pas une obligation. La psychothérapie est un métier, et si le professionnel ne peut pas manger à la fin du mois, il ne pourra pas continuer longtemps à exercer ce…métier.
Comment réagir quand la thérapie patine ?
Arrivé à ce point, vous reconnaissez peut-être votre situation. Alors que faire ? Tout simplement, en parler à votre psychologue ! Hé oui. Vous pouvez fuir en cliquant sur le bouton « annuler » d’un agenda en ligne, envoyer un mail ou même…poser un lapin en dernière vengeance. Mais où cela vous mènera-t-il ?
Allez au rendez-vous et exprimez ce que vous ressentez. Cela permettra à votre professionnel de santé mentale de faire avancer à nouveau votre thérapie ou d’y mettre un terme de manière concertée…et élégante.
P.-S : la thérapie peut aussi patiner du point de vue du psychothérapeute et cela fera l’objet d’un prochain article.
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