La contagion émotionnelle

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hypersensibilité ou contagion émotionnelle ?

Pour compléter l’article à propos de l’hypersensibilité, et celui à propos de l’empathie nous nous intéresserons aujourd’hui à l’un des concepts les plus fréquemment confondus avec elles au quotidien et sur les réseaux sociaux.

hypersensibilité ou contagion émotionnelle ?
La contagion émotionnelle est partagée par plusieurs espèces animales

Sommaire

Qu’est-ce que c’est que ce concept ?

La « contagion émotionnelle » est la « tendance à accorder ses expressions faciales, ses vocalisations, ses postures et ses mouvements avec ceux des autres, et ce, de manière automatique » (Hatfield, et al., 2014). Cette tendance serait partagée à des degrés variables par les êtres humains. Certains seraient effectivement plus sensibles aux expressions émotionnelles des autres et percevraient plus facilement les indices non verbaux des émotions (Siebert et al., 2007).

Selon Verbeke (1997), il est possible de distinguer les « transmetteurs d »émotions » (Hatfield et al., 1994) et les  » receveurs d’émotions ». Toutefois, une personne peut être et transmettrice et receveuse (Hatfield et al., 2014).

Les « transmetteurs » auraient la particularité de pouvoir « contaminer » inconsciemment les autres avec leurs émotions (Hatfield, Cacioppo et Rapson, 1994). Les « receveurs », de leur côté, auraient la particularité de porter une attention particulière aux émotions des autres et de s’accorder ainsi plus facilement avec l’état émotionnel d’autrui.

Est-ce utile à l’être humain ?

La contagion émotionnelle ainsi définie et combinée à une saine régulation émotionnelle permettrait une compréhension plus fine des relations interpersonnelles des uns et des autres (Petitta et al., 2016). On peut également penser que ce phénomène de contagion émotionnelle entre en jeu dans les mécanismes d’empathie et d’hypersensibilité. Elle semble également essentielle dans les phénomènes d’intelligence collective (van Hoorebeke, 2018). Elle entre aussi en jeu dans le développement du bébé (on pense aux premiers sourires par imitation).

Toutefois, toute médaille a son revers et si un « receveur » présente un manque de conscience du phénomène de contagion émotionnelle, il peut ressentir une « détresse empathique », puisqu’en plus d’être plus vulnérable aux émotions négatives des autres, il ne pourra pas les mettre à distance, de par ce manque de conscience (Petitta et al., 2016).

Comment ça fonctionne ?

La contagion émotionnelle est rendue possible par l’imitation automatique du non verbal (Chartrand et Lakin, 2013). Il s’agit, globalement, de l’imitation par un ou plusieurs individus de la posture et des expressions faciales d’un autre individu. Sourire en retour d’un sourire perçu est un exemple de ce mimétisme facial involontaire et automatique et en accord avec une expression émotionnelle perçue (White et Argo, 2011).

Il convient de garder à l’esprit que le mimétisme facial ne confirme pas nécessairement que l’individu qui « imite » ressent les mêmes émotions que l’individu qui émet l’expression faciale (Prochazkova et al., 2017). Le phénomène de mimétisme facial n’est donc pas suffisant pour engendrer un phénomène de contagion émotionnelle, même s’il y participe. De fait, selon une méta analyse de Cole, Larsen et Lench (2019), le feedback facial pourrait influencer la reconnaissance des émotions d’autrui mais seulement dans certains contextes et pour certaines émotions (joie et colère).

Selon d’autres auteurs, l’imitation faciale peut influencer les expériences émotionnelles du receveur (Prochazkova et al., 2017). Ceci fonctionnerait sur un terrain d’empathie affective; c’est-à-dire le fait de « ressentir la même émotion qu’une autre personne après avoir perçu des expressions faciales émotionnelles« . Cette empathie affective serait en effet corrélée au niveau d’activité des muscles faciaux (Prochazkova et al., 2017; Rymarczyk et al., 2016).

En résumé : l’accordage des expressions faciales (imitation et feedback), sur un terrain d’empathie affective, explique, au moins en partie, le phénomène de contagion émotionnelle. Sans oublier que celui-ci renforce lui-même …l’empathie affective.

Et puis après ?

Les conséquences fâcheuses arrivent quand les « receveurs » présentent une certaine vulnérabilité et sont exposés à la détresse humaine de manière répétitive (dentistes, infirmiers, éducateurs, psychologues, médecins, etc..). Ainsi, certains chercheurs mettent en avant la nécessité pour les professionnels de la relation d’aide d’apprendre à se distancier des expériences émotionnelles vécues par le public qu’ils et elles accompagnent (Thirioux et al., 2016). Ces auteurs distinguent d’ailleurs l’empathie de la sympathie. La première étant un facteur plutôt protecteur de santé mentale et la seconde étant plutôt un facteur de détresse. L’empathie, pour ces auteurs, implique notamment une conscience subjective minimale que « les émotions ressenties appartiennent à un autre que soi » (Thirioux et al. 2016). Alors que la sympathie serait un état affectif et des réactions émotionnelles découlant directement d’un partage d’émotions.

Pour conclure, temporairement, le sujet, on peut ajouter qu’une des armes utiles lorsqu’on se sent particulièrement vulnérable à la contagion émotionnelle est la régulation émotionnelle. Et ce concept-là, on en reparlera.

A bientôt!

Ressourcerie

Chartrand, T. L. et Lakin, J. L. (2013). The antecedents and consequences of human behavioralmimicry. Annu Rev Psychol, 64, 285-308. doi : 10.1146/annurev-psych-113011-143754

Coles, N. A., Larsen, J. T. et Lench, H. C. (2019). A meta-analysis of the facial feedback literature: Effects of facial feedback on emotional experience are small and variable. Psychol Bull. doi : 10.1037/bul0000194

Hatfield, E., Bensman, L., Thornton, P. D. et Rapson, R. L. (2014). New perspectives on emotional contagion: A review of classic and recent research on facial mimicry and contagion. Interpersona : An International Journal on Personal Relationships, 8(2), 159-179. doi : 10.5964/ijpr.v8i2.162

Hatfield, E., Cacioppo, J. T. et Rapson, R. L. (1994). Emotional contagion. United States of America: Press Syndicate of the University of Cambridge

van Hoorebeke, D. (2018). Chapitre 7. Un élément essentiel à l’intelligence collective, la contagion émotionnelle.. Dans : Claude Berghmans éd., Intelligence et compétence émotionnelles en entreprise: Perspectives multiples (pp. 189-206). Paris: L’Harmattan.

Petitta, L., Jiang, L. et Hartel, C. E. J. (2016). Emotional contagion and burnout among nurses and doctors: Do joy and anger from different sources of stakeholders matter? Stress and Health, 1-12. doi : 10.1002/smi.2724

Prochazkova, E. et Kret, M. E. (2017). Connecting minds and sharing emotions through mimicry: A neurocognitive model of emotional contagion. Neurosci Biobehav Rev, 80, 99-114. doi : 10.1016/j.neubiorev.2017.05.013

Rymarczyk, K., Zurawski, L., Jankowiak-Siuda, K. et Szatkowska, I. (2016). Emotional Empathy and Facial Mimicry for Static and Dynamic Facial Expressions of Fear and Disgust. Front Psychol, 7, 1853. doi : 10.3389/fpsyg.2016.01853

Siebert, D. C., Siebert, C. F. et Taylor-McLaughlin, A. (2007). Susceptibility to Emotional Contagion. Journal of Social Service Research, 33(3), 47-56. doi : 10.1300/J079v33n03_05

Thirioux B, Birault F, Jaafari N. Empathy Is a Protective Factor of Burnout in Physicians: New Neuro-Phenomenological Hypotheses Regarding Empathy and Sympathy in Care Relationship. Front Psychol. 2016 May 26;7:763. doi: 10.3389/fpsyg.2016.00763. PMID: 27303328; PMCID: PMC4880744.

Verbeke, W. (1997). Individual differences in emotional contagion of salespersons: Its effect on performance and burnout. Psychology and Marketing, 14(6), 617-636.

White, K. et Argo, J. J. (2011). When imitation doesn’t flatter: The role of consumer distinctiveness in responses to mimicry. Journal of Consumer Research, 38(4), 667-680. doi : 10.1086/660187

Psychologue clinicienne et psychothérapeute, je vous accompagne à Sées (Orne, 61) et en ligne.

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