Au 31 mars 2023, l’OMS estimait que 3.8 % de la population mondiale souffre de dépression soit 280 millions de personnes environ. Cette proportion grimpant jusqu’à 5.7 % chez les personnes de plus de 60 ans. Les enfants ne sont pas épargnés, et les adolescents « font péter le score » statistique1.
Derrière ces chiffres qui semblent souvent concerner « d’autres que nous », il y a des millions d’êtres humains en souffrance. Alors, oui, ça vaut la peine d’écrire le xième article à propos de cette maladie qui tue chaque année plus de 8000 personnes en France.

Sommaire
- Une dépression, à quoi ça ressemble ?
- Une dépression, comment ça naît ?
- Le spectre du suicide
- La dépression, on en guérit !
Une dépression, à quoi ça ressemble ?
C’est ici que le bât blesse. La dépression possède une définition dans les nosographies classiques (Guelfi Rouillon, Laplanche et Pontalis) et contemporaines (DSM-V, CIM 11). On y retrouve une liste de signes facilement repérables par les professionnels, avec en triplé gagnant2:
- une vision négative de soi, du monde et de l’avenir
- une douleur morale
- une perte d’intérêt ou de plaisir pour les activités d’ordinaire appréciées
Toutefois, si l’on se penche un peu plus loin sur la question, on s’aperçoit que selon la culture, l’âge de la vie, et même le tempérament, la dépression va s’exprimer de manière tout à fait différente. Et même.. elle va se « cacher » derrière des signes plus « bruyants ». Un exemple ? Une personne de 84 ans qui a perdu son mari dans l’année écoulée et qui se plaint de son transit, de son coeur, de ses poumons, de sa jambe droite, de sa voisine, du monde moderne… bref, de tout sauf de sa souffrance interne. Ou alors, ce jeune homme brillant sur le plan scolaire qui manifeste un très grand perfectionnisme et ne trouve pas le temps pour entretenir une vie sociale. Ou bien ce père de famille joyeux du lever au coucher, pourtant épuisé, qui tentera de mettre fin à ses jours après une bonne partie de football avec ses deux enfants. Ou encore cette jeune femme qui s’épuise au travail mais va trouver de nouveaux projets supplémentaires à mener et se présentera chez son employeur à la première heure malgré un arrêt de travail prescrit par son médecin traitant. Ou encore cette jeune mère qui a « tout pour être heureuse » mais sauterait bien par la fenêtre, là, tout de suite.
Bref, si le mot « dépression » nous évoque à tous une certaine image, la réalité qu’il recouvre ressemble plus à un monstre antique à 12 têtes qu’à un simple clown triste.
Une dépression, comment ça naît ?
Comme de nombreuses souffrances et maladies psychiques, la dépression apparaît lorsque plusieurs éléments (ou « facteurs ») sont présents autour d’une même personne (ou d’un système, comme une famille).
D’abord, les facteurs génétiques. On a pas trouvé de « gêne de la dépression » à ce jour3 mais par contre il existe une combinaison de gênes qui entraîneraient une prédisposition à souffrir de dépression au cours de sa vie.
Ensuite, les facteurs environnementaux. Chacun d’entre nous évolue dans un environnement particulier. On parle aussi de « système ». On pense à notre noyau familial, à notre employeur, à nos collègues, à notre lieu de vie, à nos clubs et réseaux divers et variés mais aussi à nos possibilités ou difficultés financières, à notre culture, à nos valeurs et croyances familiales et personnelles, etc. Sans oublier notre véhicule quotidien : le corps. Bien sûr, le fait de souffrir d’une autre pathologie psychique est un facteur important à prendre en compte également.
Enfin, et cela implique les facteurs environnementaux, il y a tous les changements plus ou moins brutaux qui se produisent dans nos vies. Les déménagements plus ou moins volontaires, les deuils, les licenciements ou au contraire les promotions, le passage du statut d’enfant à celui de parent, la vieillesse, la maladie grave et/ou chronique, l’adolescence, avoir été victime d’une agression d’une quelconque nature, perdre son logement…
J’aimerais citer ici aussi les sentiments de honte, de culpabilité et de solitude. Trois vécus que nous sommes nombreux à avoir expérimentés au cours de notre vie mais qui sont particulièrement présents pour les personnes qui traversent une dépression. Ils peuvent être aussi bien à l’origine de la maladie qu’en être une conséquence et ils sont à prendre en grande considération. Ils peuvent particulièrement toucher les personnes qui questionnent leur propre identité , leur appartenance à l’un ou l’autre groupe social ou qui ont subi des traumatismes.
En réalité, il existe énormément de raisons et de combinaisons de facteurs qui peuvent conduire un être humain à la dépression. Le savoir est déjà un premier pas. Cela évite les mythes courants du type « c’est une question de volonté », « on a rien sans rien », « tout arrive pour quelque chose dans la vie /rien arrive par hasard », « c’est parce que tu le veux bien », « tu es trop sensible », « il faut s’endurcir »… et autres petites phrases culpabilisantes qu’une personne en souffrance a déjà bien trop tendance à se répéter en boucle en son for intérieur.
Le spectre du suicide
Dans la tête d’une personne qui souffre, le suicide peut être vu comme une solution. Il représente la fin de la souffrance, l’apaisement.
La question des conceptualisations de la crise suicidaire est franchement complexe et trouvera difficilement sa place sur un simple blog. Toutefois, s’il y a un message important que je peux faire passer ici c’est celui-ci :
- FAITES DU LIEN
Si vous êtes cette personne qui souffre profondément et que vous êtes parvenu à me lire jusqu’ici, faites du lien ! Avec des proches si vous en avez, avec un.e psychologue, avec votre médecin traitant, avec votre psychiatre, et/ou avec les numéros d’écoute dédiés.
Si vous êtes proche d’une personne en grande souffrance psychique, tout pareil. Faites du lien ! Apportez l’information, restez présent, encouragez à consulter un.e professionnel(le) de confiance. Et n’oubliez pas de vous-même vous aérez! Et puis…évitez les petites phrases assassines citées plus haut. Evitez aussi de condamner l’idée du passage à l’acte. Rien de tel pour « en rajouter une couche » sur les épaules de votre proche.
La dépression, on en guérit !
La difficulté à reconnaître la dépression, à la faire reconnaître et à agir pour demander de l’aide quand on en a besoin, lui donnent les meilleures armes pour se transformer en « tueur silencieux ». Pour autant, c’est important de se rappeler qu’il s’agit d’une maladie. Une maladie qui a une fin.
Le propre de la dépression est de faire voir à la personne « la vie en noir ». L’espoir de la guérison se trouve enfoui sous toutes les pensées négatives et les sentiments douloureux. Pourtant, il est réel.
Différentes psychothérapies sont envisageables selon les individus, les éventuels troubles co-présents et les contextes. Le recours aux médicaments anti-dépresseurs, anxiolytiques voire certains antipsychotiques peut être utile pour rendre le travail psychique possible. Et aussi, faciliter un peu le quotidien. Parlez-en à votre médecin !
- Pour les chiffres exacts et à jour lors de votre lecture, voir le site de l’OMS et de l’IHME ↩︎
- Ces trois signes ne sont pas suffisants pour établir un diagnostic médical de dépression. ↩︎
- VIDAL (2022) ↩︎

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